Togo : la société civile face à l’instrumentalisation de la crise sanitaire

CCFD-Terre Solidaire – Juin 2020

Au Togo, les défaillances du système sanitaire sont criantes. Les ONG partenaires du CCFD-Terre Solidaire réagissent concrètement face au Covid-19… quitte à prendre les rênes, exaspérées par une récupération politique évidente des autorités.

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« Nous avons célébré les 60 ans de notre indépendance dans une grande morosité », soupire le professeur en chirurgie David Dosseh, membre du Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (Synphot) et coordonnateur des Universités sociales du Togo (UST), partenaires du CCFD- Terre Solidaire. [1]

Pour Roger Ekoué Folikoué, enseignant de philosophie à l’université de Lomé et membre actif au sein des UST (voir encadré), « ce couvre-feu est un détour pour empêcher les gens de manifester contre la situation politique actuelle ». À la suite des nombreuses bavures, les autorités opèrent le 27 avril, à un changement de commandement de la force anti-Covid. Début juin, le Togo comptait 464 cas confirmés, dont 13 décès et 239 personnes guéries.

Dès l’apparition du premier cas, le 5 mars, le Synphot a établi son propre comité scientifique, en raison du « manque de confiance de la population dans l’État togolais ». Il a endossé un rôle de plaidoyer auprès des pouvoirs publics et de gestion de la crise sanitaire.

Dans ce pays, la crise sanitaire est en effet venue s’ajouter à une crise socio-politique. L’élection, le 22 février, de Faure Gnassingbé au premier de tour de la présidentielle avec 70,78 % des suffrages à un quatrième mandat [2], a été largement contestée par la population… empêchée de manifester.

Trois semaines plus tard, le 16 mars, l’état d’urgence sanitaire est décrété pour une durée de trois mois à compter du 1er avril [3] et un couvre-feu instauré entre 20 heures et 6 heures du matin.

Le jour de l’entrée en vigueur du couvre-feu, le Togo mets sur pied une force spéciale anti-Covid de 5 000 hommes. « Certains se sont dit que dans le cadre de la lutte contre une pandémie, cette unité spéciale ne pourrait pas user de la force. Malheureusement, les exactions n’ont pas tardé. Des vieilles personnes ont été tabassées et dans des villes où il n’y avait pas de couvre-feu des jeunes ont été tués ! » s’indigne David Dosseh du Synphot.

À ses côtés, les UST et d’autres organisations de la société civile ont lancé des formations de bénévoles, des parcours de soins sécurisés, des distributions de matériel et des campagnes de sensibilisation à travers des clips et des vidéos. Les UST ont par exemple mis en ligne un webdocumentaire de 15 épisodes, dont un est consacré à la situation déplorable du système hospitalier au Togo.

Le 8 avril, le gouvernement annonce un programme d’aide financière, « Novissi » pour soutenir les populations les plus impactées par les mesures de restriction (interdiction de certaines activités, fermetures des écoles, des bars, des débits de boissons, des mototaxis, etc.). Mais Roger Ekoué Folikoué s’interroge sur la « nature de cette aide sociale » qui exclut les personnes non détentrices d’une carte d’électeur. Alors même que l’opposition avait vivement contesté le processus de recensement des électeurs avant les élections.

Par Clémentine Méténier

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