Le bien-vivre : une question de mesure

Gremag – Mai 2018

C’est une première au niveau européen. Du 6 au 8 juin, un Forum international pour le bien-vivre s’installe à Grenoble. Les collectivités locales, l’Université Grenoble Alpes et la société civile, avec le CCFD-Terre Solidaire, proposent de réfléchir de manière collégiale à la mesure du bien-vivre et ses enjeux.

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Et si on était les mieux placés pour savoir comment bien vivre ? La croissance telle qu’elle est calculée aujourd’hui encore est-elle suffisante pour mesurer la qualité de vie de tout un chacun?

Grenoble, comme d’autres villes dans le monde, se penche sur ces questions. D’autant que la crise financière de 2008 a laissé des traces. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est de plus en plus remis en cause : prenant principalement en compte la valeur produite d’un point de vue comptable et financier, il délaisse le travail domestique, les activités bénévoles, le progrès social, les inégalités, l’impact sur l’environnement et… la santé sociale. S’affranchir du PIB est difficile, mais de multiples démarches sont entreprises pour construire de nouveaux indicateurs comme de véritables instruments de pilotage politique. Traduction pour l’échelle locale : repenser les politiques publiques dans un objectif environnemental, social et démocratique, où les habitants sont parties prenantes.

Grenoble et sa métropole : ici, c’est possible !

La métropole grenobloise arpente le concept de nouveaux indicateurs de richesse depuis presque vingt ans.

Hélène Clot est coordinatrice Évaluation et observation à la Métropole et depuis 2002, elle réfléchit à la mise en place d’indicateurs de bien-vivre au niveau local. « Pour faire simple, l’idée est d’observer la question sociale par un autre prisme que des indicateurs “à charge” comme la précarité, le chômage, la délinquance. On essaie de penser à des indices de mesure plus positifs comme le vivre-ensemble, la sociabilité, la convivialité ou encore l’engagement. On recentre l’observation sur le bien-être des individus, lié au bien-être collectif. »

Il s’agit de réfléchir au processus de construction de ces nouveaux indicateurs. En 2012, une enquête est menée auprès de 1 000 habitant.e.s de l’agglomération grenobloise sur leur rapport au bien-être. De ce travail ressort un véritable « indicateur de bien-être soutenable territorialisé » : l’IBEST, porté par Fiona Ottaviani.

Pour cette enseignante-chercheuse en économie, membre de la Chaire Mindfulness de Grenoble École de Management (GEM), « huit dimensions sont envisagées pour que l’action publique soit au plus près des préoccupations de la population : le travail et l’emploi, l’affirmation de soi et l’engagement, la démocratie et le vivre-ensemble, l’environnement naturel, la santé, le temps et le rythme de vie, les biens de subsistance et l’accès et le recours aux services. »

Sur cet aspect par exemple, il s’agirait de « permettre un meilleur équilibrage des temps de vie en proposant des horaires d’ouverture différents des services publics », ajoute Fiona. Les premiers résultats de cette enquête seront présentés en juin, lors du Forum.

Précieux retours des habitants

La Ville de Grenoble s’engage aussi. Notamment à travers la démarche Spiral, portée en partie par Marina Girod de l’Ain, adjointe à l’évaluation des politiques publiques et la prospective :

« La Ville s’est inspirée du travail du Conseil d el’Europe. Nous avons réuni des habitants des quartiers Mistral, Capuche, Clos-d’Or, Alliés-Alpins, Beauvert, Teisseire, Malherbe, Abbaye et Châtelet et leur avons posé quatre questions : qu’est-ce que le bien-être pour vous ? qu’est-ce que le mal-être pour vous ? comment améliorer le bien-être collectif ? quelles sont vos attentes par rapport aux pouvoirs publics ?
À partir de là, nous avons réfléchi à la manière d’impulser les politiques publiques au regard des retours des habitants. »

Les enfants aussi, puisqu’ils ont été nombreux à s’exprimer sur leur école, et sollicités pour des améliorations futures : toilettes propres, plus de poubelles et d’arbres dans la cour… Ils se sont même proposés pour le nettoyage de leur cour une fois par mois ou pour se former aux premiers secours !

D’autres initiatives innervent l’agglomération. En témoigne la fiction artistique qui imagine un Ministère du Bonheur, de la Contemplation et de l’Exploration des Petits Mondes.

Aux côtés du comédien Heïko Buchholz, Laurence Druon, membre du collectif Un euro ne fait pas le printemps, tente de mesurer le bonheur pour l’augmenter chez les habitants.

Le 6 avril dernier, la déambulation poétique s’est tenue dans le quartier Presqu’île de Grenoble, regroupant une cinquantaine de personnes. Si l’on rigole beaucoup dans ce spectacle, ce n’est pas pour du simple divertissement.

« On passe par la fiction pour amener les habitants à s’interroger, et faire ressortir des demandes concrètes comme la construction de parcs ou de commerces », explique Laurence Druon.

Aux origines du forum

Faire connaître ces initiatives et bien d’autres encore en France et dans le monde est bien l’enjeu du Forum pour le bien-vivre des 6, 7 et 8 juin prochains.

Une idée qui a germé collectivement à la suite d’un voyage d’étude autour du Bonheur National Brut (BNB) au Bhoutan en novembre 2015, avec le CCFD-Terre Solidaire, – dont l’antenne locale porte une large réflexion sur les indicateurs à travers le Réseau Richesse.

Au retour de la délégation française, décision est prise de co-construire un forum international sur le sujet en partenariat avec la Métropole et la Ville de Grenoble, l’Université Grenoble Alpes et le collectif Fair.

« L’expérience collective est très originale et vertueuse. Le triptyque entraîne un véritable dialogue entre les mondes », se réjouit Hélène Clot, pour la Métropole.

Du côté de l’Université, un colloque scientifique s’organise, pour représenter toute la « transversalité des disciplines en essayant de créer un langage commun autour de ces termes de bonheur, indicateurs, bien-être, bien-vivre… », décrypte Pierre Le Quéau, maître de conférences à l’UGA en sociologie, dans le comité de pilotage du colloque. L’idée consiste aussi à « réfléchir sur des outils pour que les citoyens eux-mêmes trouvent des solutions à leurs problèmes. »

Quant à Claire Pinet, jeune travailleuse en économie et bénévole au CCFD depuis quatre ans, elle étudie les contributions de participation envoyées au CCFD pour participer au Forum : « Nous avons reçu des propositions d’ateliers, de conférences, souvent de citoyens qui s’interrogent sur le changement de notre modèle, pas seulement des gens avertis sur la question des indicateurs de richesse. »

La programmation se peaufine encore, mais de nombreuses invitations sont lancées, au-delà des frontières, pour « faire bouger les lignes », selon le CCFD-Terre Solidaire, à Grenoble, pendant trois jours. 35 pays sont représentés.

 

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